C'est frustrant de voir à quel point certaines personnes peuvent nous faire du mal, sans que l'on ne puisse y echapper. Comme un destin mal tracé, un chemin égaré, je m'y suis longtemps fiée, à cette idée d'infériorité. Moi, je le regardais me désarmer.
Je l'ai attendu. Puis, tu sais, c'est un peu comme si je lui avais mis le couteau dans la main. Je n'en savais rien alors, mais je n'y croyais pas. Il n'a pas tremblé. Son sang froid m'étonnera toujours. C'est peut-être ce qu'il m'a toujours manqué et qu'il me fallait trouver. Une personne capable d'affront. Il ne se réfugiait pas derrière un masque, il était là, devant moi, prêt à m'entailler. Ses yeux ne cherchaient pas, sa bouche ne se dessèchait pas, son corps tout entier semblait détendu, en phase avec ce qu'il se devait d'accomplir. Mais quelques fois, il me semble avoir perçut ce rictus de satisfaction, cette once de jouissance intérieure qui vous emplit d'un frisson foudroyant. Je ne saurai alors jamais, s'il aimait me voir terrifiée ou bien s'il comprenait, l'espace d'une seconde, combien je l'aimais.
Parce que oui, vois-tu, je lui laissais toujours la possibilité de m'achever. Jusqu'au jour où le frisson n'est plus venu. Il a retourné le couteau, c'était le début du bonheur, de l'amour, de la jouissance intérieure. J'ai eu ce frisson, j'ai aimé le voir souffrir, je me suis délectée de ce spectacle effroyable. J'ai même compris.
J'étais comme lui. Nous sommes tous pareils. Je vis avec ce couteau dans la poche depuis tant d'années. Viendra le jour où je le retournerai contre moi.